Ilan : les clichés l'auront tué
« Ilan tortué, les clichés l’ont tué ». 33000 personnes, selon la police, 60000, selon le journal Libération, ont manifesté hier après-midi de la place de la République à la place de la Nation en hommage à Ilan Halimi. Torturé pendant trois semaines, laissé pour mort après avoir été brûlé vif près d’une gare de RER au sud de Paris, le jeune vendeur de téléphone portable avait été kidnappé pour des raisons crapuleuses, certes, mais aussi surtout parce que « les juifs ont de l’argent » et que « c’est une communauté soudée ».
Ces clichés sont encore très largement répandus en banlieue, mais aussi à Paris. L’enquête que j’avais menée, il y a maintenant deux ans le montrait bien. Elle avait été à la base du film présenté à l’ancien ministre de l’Education nationale François Fillon.
Nous menions des entretiens non-directifs à la sortie de lycées et à l’intérieur d’une classe de première d’un lycée de banlieue. Pas question pour nous d’utiliser le mot « juif » ou Israël. Nous interrogions les élèves sur leur définition du multiculturalisme. Mais très souvent, les élèves en venaient à tenir des propos bourrés de clichés antisémites. Très proches finalement de ceux d’un Youssouf Fofana. « Les juifs sont riches. » « Les médias sont contrôlés par des juifs : TF1, c’est juif ; France 2 c’est juif ». Ou encore : « Levi’s, c’est juif »… Nous avons constamment entendu ces mots.
Hier, à la manif, place de la Nation
Voici la retranscription en grande partie de deux heures de discussion avec 34 élèves d’une classe d’un lycée d’une proche banlieue parisienne. Un lycée, qui n’est pas réputé difficile et dont la propreté et la modernité des locaux sautent aux yeux. Les propos que tiennent une partie de ces élèves sont assez instructifs et d’une grande actualité.
C'est quoi pour vous être Français ?
- C'est résider en France. Même si on n'a pas la carte de nationalité française, on est Français quand même.
On pourrait dire que, malgré vos différentes cultures, vous êtes tous Français ? Mais est-ce qu'il y des communautés dont vous vous sentez plus proches ?
- Quand on est d'origine commune, on est plus proches car on peut parler de notre pays.
Est-ce que vous avez l'impression que la France traite de la même manière tous les groupes ?
- Dans la rue en bas des cités, quand les gens voient des personnes noires ou arabes, ils vont vérifier leurs papiers d'identité. La police se dirige plus vers les jeunes d'origine étrangère et maghrébine pour vérifier les papiers.
- Il y a de la discrimination. Pour les emplois, les Français sont deux fois plus pris que les personnes étrangères. Les personnes blanches, les personnes pures…
- Les personnes de couleur ne sont pas considérées comme des Français. On voit en politique, avec le Front national, on veut renvoyer les étrangers dans leur pays.
Est-ce que ça veut dire qu'il y a d'autres groupes qui ont du pouvoir et qui sont mieux représentés dans la société ?
- Officiellement, on est tous Français mais, dans la réalité, il y a de la discrimination et des injustices
Est-ce que tu peux nous donner des exemples d'injustice ?
- J'étais avec François et Paul et la police n'est venu voir que moi. Ils n'ont rien dit à François et à Paul.
- En primaire, j'avais une maîtresse qui était raciste. Après on s'habitue, mais on le ressent quand même
- On peut le voir aussi par rapport aux bavures policières. Un Arabe a été interpellé. Il a été frappé et est resté à l'hôpital pendant deux semaines. Ils sont passés devant le tribunal et les responsables ont dit que c'était sa faute parce qu'il ne sortait pas de la voiture et qu'ils ont été obligés d'employer les grands moyens.
Ca se ressent plus dans la rue ou dans l'établissement ?
- Dans l'établissement, il n'y a pas vraiment de problèmes dans les différents groupes. - Dans cette classe, il y a des Turcs, des Ivoiriens, des Maliens… et on s'entend tous bien.
Avez-vous l'impression que les différents groupes sont différemment influencés par ce qui se passe à l'étranger ?
- Des fois on discute beaucoup de ce qui se passe en Israël et en Palestine, mais ça ne dépend pas forcément de nos origines.
Est-ce que vous pouvez me dire ce que ça pose comme problème ?
- Il y en qui disent que c'est Israël qui a raison, d'autres qui disent qu'Israël a volé la Palestine aux Palestiniens mais c'est pas ça qui va créer des conflits entre nous.
Ca vous touche vraiment entre vous cette question ?
- On est musulmans et on se sent concernés.
Vous en discutez avec des non musulmans ?
- Ca dépend. Des fois, on se sent seul. La Palestine est seule alors que Israël est aidée par les États -Unis.
- Pourquoi on n'a pas fait de minutes de silence pour les événements au Maroc, comme en Espagne ?
- Comment vous expliquez que l'on respecte la minute de silence pour certains et pas pour d'autres ?
- Ceux qui sont Maghrébins ont mal vécu la différence de réaction.
- On n'a pas fait non plus pour les attentats en Turquie. Ni pour le tremblement de terre.
- Pour ce qui s'est passé le 11 septembre aux États-Unis, on en a parlé longtemps. Or, c'est un attentat comme ce qui s'est passé au Maroc, en Algérie ou en Tunisie. C'est parce que les Etats-Unis sont une puissance mondiale. C'est comme Israël, ils sont soutenus par les États-Unis, alors on en parle beaucoup.
- En Irak, il y a la guerre. Lorsque les Américains se font tuer, on en parle mais on ne parle pas des Irakiens ou des Palestiniens qui sont morts, comme si c'était normal.
Est-ce qu'il y a, à l'intérieur ou hors du lycée, des groupes qui font pression ou des gens qui militent pour tel ou tel groupe ?
- Il y a des marches pour ce qui se passe en Côte d'Ivoire et on ne peut pas accepter que des rebelles gouvernent notre pays.
Et l'affaire Dieudonné, l'avez -vous suivie ? Pouvez-vous la résumer ?
- Avant, il avait fait un sketch avec un juif et un noir mais on n'en avait jamais parlé et maintenant, à cause des conflits internationaux, on est choqué.
- J'avais des amis juifs qui étaient menacés parce qu'ils restaient entre eux dans un établissement dans le 7e. On leur reprochait de rester entre eux.
Y a-t-il ce genre de problèmes dans votre établissement ?
- Non
Et avec des gens d'autres religions ?
- Je connais quelqu'un qui ne parle pas à des gens juifs.
C'est à cause de la religion que les gens refusent de parler aux autres ?
- Il y a des gens qui ont une mauvaise image parce qu'ils sont juifs
- Dans le film de Mel Gibson : « La Passion du Christ », on voit que c'est les juifs qui ont tué Jésus. Alors les juifs sont encore plus détestés. Les problèmes s'étaient tassés et sont ressortis avec ce film.
Comment expliquez -vous tous les problèmes autour de ce film ?
- Les juifs ont dit que ce ne sont pas eux qui avaient tué Jésus et ça crée une polémique. Mais ça reste un film et je ne vois pas pourquoi ça fait une telle polémique.
Ca vous choque que juifs soient accusés ?
- C'est les juifs qui ont voulu faire crucifier Jésus. C'est les juifs qui ont protesté contre le film parce qu'ils ont eu peur de retrouver la Deuxième guerre mondiale. Le film est quand même sorti parce que le réalisateur s'est basé sur la bible qui parle de la responsabilité des juifs.
Vous parliez tout à l'heure du film et des critiques. Où avez-vous entendu les critiques ?
- C'est encore les médias qui font du bourrage de crâne.
Pour faire accepter quelle idée ?
- Pour inciter les gens à accepter la polémique, inculquer l'idée que les juifs sont responsables.
Pourquoi est-ce que les médias ont intérêt à faire passer certaines idées ?
- Ils ont peut-être peur que ce qui s'est passé aux États -Unis puisse se reproduire ici : en sortant du cinéma, il y des juifs qui se sont fait agresser.
- Les directeurs des chaînes TF1 ou France2 sont des juifs. C'est pas une coïncidence.
- On a l'impression que les juifs contrôlent tout.
- Tout le monde le dit. C'est visible. Le pouvoir est aux mains des juifs. Ils sont les mieux placés.
Comment sais-tu qu'ils sont juifs ?
- Je les reconnais à la tête.
- La plupart des médecins sont des juifs. On le sait par le nom, la tête, tout.
- Ils sont partout.
- On a l'impression qu'ils sont privilégiés. Par exemple, les médias : les présentateurs sont des juifs. - Arthur ne fait pas que présenter, il gère par derrière : Star Académie, etc…
- Il n'y a pas que des juifs à la télé. C'est les Américains qui ont beaucoup de pouvoir et qui influencent les médias.
- En Algérie c'est une guerre continue et on n'en parle plus. Alors qu'en Israël, ils en parlent toujours. Je constate ce qui se passe à la télé.
- Quand des juifs osent sortir avec la kippa, ils se font insulter ou taper dans la rue.
Vous trouvez ça normal ?
- Non, chacun sa liberté, comme un chrétien avec sa croix. Tout le monde vit sa religion comme il veut.
- Dans notre quartier, il y a une famille juive qui sort le samedi avec leur kippa et personne ne leur fait rien. On parle trop des actes contre les juifs, alors ça monte à la tête après.
- J'ai entendu dire que des juifs ont brûlé deux mosquées à Aulnay sous Bois. Les médias n'ont rien dit.
- C'est normal à cause de la guerre.
- On dirait que la guerre est en France tellement on en parle.
Mais ce n'est pas la guerre, alors pourquoi y a-t-il des agressions ici ?
- À cause des conflits en Palestine et Israël.
Vous disiez que les médias étaient influencés par les juifs ou les Américains. Comment essayez-vous de vous informer ?
- Je regarde Al-Jazeera. Ca n'a rien à voir avec TF1 ou France2. Tout est différent. Ce n'est pas la même chose.
- On parle plus des Arabes que des juifs. Les Arabes sont plus considérés comme des victimes que des terroristes.
Et la télévision française parle plus des Arabes comme des terroristes ?
- Dès qu'on parle d'Arabes, on parle de terrorisme.
- Pour moi le 11 septembre, c'est calculé. Certaines personnes disent que les médias français sont pro-palestiniens et contre Israël.
Vous en pensez quoi ?
- Sur d'autres médias non français, l'information n'est pas la même
- Pour revenir au 11 septembre, ils ont directement accusé Ben Laden. Pourquoi ?
- Comment vous savez que c'était lui ?
- Les cassettes sont truquées. On ne peut pas savoir. On ne peut pas faire confiance aux médias.
Est-ce que vous vous informez sur Internet ?
- Oui. Pour les devoirs de français, sur les nouvelles lois sur les téléchargements.
Et les amis, vous apprennent -ils des choses sur l'actualité ?
- Ils n'ont pas les bonnes informations.
- Si on prend la radio, la télé et Internet, les informations ne seront pas forcément les mêmes.
Et l'affaire du voile ? Comment avez -vous réagi sur le projet de loi ?
- Je suis musulman et pourtant je suis d'accord avec la loi. Je pense que l'école doit rester laïque.
- Chacun a le droit de pratiquer sa religion mais ils ne sont pas obligés de le montrer aux autres. L'école c'est fait pour apprendre, pour travailler. Ils n'ont qu'à faire ça chez eux ou à la mosquée.
- Le voile, il faut le porter chez nous. Il faut respecter les règles.
- Les musulmans ont mal interprété le coran. Il n'y a pas marqué de se mettre en Batman tout en noir.
Vous êtes d'accord pour défendre la laïcité ?
- On interdit de porter le voile mais certaines ont des grosses croix et elles peuvent entrer dans les salles.
- Ils ont raison d'avoir fait cette loi mais il faut que ça s'applique à tout le monde.
- L'affaire a commencé par l'histoire de ces deux élèves qui portaient le voile dont le père était juif. C'était choquant. Et depuis ça a été médiatisé. Et c'est là où la loi a été votée.
- C'est parce que les musulmans sont pris pour des terroristes qu'on veut interdire le voile. On parle aussi d'intégriste. C'est pas pareil musulman et intégriste.
- Les terroristes font des attentats pour Dieu. Ils se trompent.
- Ce n'est pas des terroristes, c'est des martyrs. C'est normal que les Palestiniens attaquent Israël. Ils se défendent. C'est la guerre. Ils n'ont pas d'armes.
- Les civils israéliens non plus n'ont pas d'armes.
- À la cantine, on mange du poisson le vendredi. La cantine doit s'adapter à toutes les religions.
Y a-t-il d'autres domaines où des problèmes peuvent se poser pour la cohabitation à l'intérieur de l'établissement ?
- Depuis le début de l'année, je n'ai pas vu de problèmes de racisme. On peut bien rigoler entre nous mais ça n'est pas méchant.
- Dans d'autres lycées il est arrivé que des juifs entendent « sale juif, rentre chez toi »
- Aujourd'hui, il vaut mieux ne pas s'en prendre aux juifs avec ce qui se passe en politique.
- C'est quand on ne connaît pas la personne mais, sinon, c'est pour rigoler.
- Les juifs ne sont pas intégrés à la société, ils sont à l'écart, ils prennent les choses mal.
- Un juif a mal réagi quand il a entendu sale juif et je ne comprends pas parce qu'on dit aussi sale noir et on ne réagit pas comme ça. C'est peut -être par rapport à la Deuxième guerre mondiale…
- C'est idiot. Ca fait longtemps.
- C'est par rapport au conflit. Ils se sentent trop concernés. Ca se passe là-bas. Il ne faut pas prendre les choses de cette manière.
- Nous, ce n'est pas qu'on ne les aime pas, on est jaloux. Ils sont riches.
(Entretien réalisé au printemps 2004)
Ces clichés sont encore très largement répandus en banlieue, mais aussi à Paris. L’enquête que j’avais menée, il y a maintenant deux ans le montrait bien. Elle avait été à la base du film présenté à l’ancien ministre de l’Education nationale François Fillon.
Nous menions des entretiens non-directifs à la sortie de lycées et à l’intérieur d’une classe de première d’un lycée de banlieue. Pas question pour nous d’utiliser le mot « juif » ou Israël. Nous interrogions les élèves sur leur définition du multiculturalisme. Mais très souvent, les élèves en venaient à tenir des propos bourrés de clichés antisémites. Très proches finalement de ceux d’un Youssouf Fofana. « Les juifs sont riches. » « Les médias sont contrôlés par des juifs : TF1, c’est juif ; France 2 c’est juif ». Ou encore : « Levi’s, c’est juif »… Nous avons constamment entendu ces mots.
Hier, à la manif, place de la Nation Voici la retranscription en grande partie de deux heures de discussion avec 34 élèves d’une classe d’un lycée d’une proche banlieue parisienne. Un lycée, qui n’est pas réputé difficile et dont la propreté et la modernité des locaux sautent aux yeux. Les propos que tiennent une partie de ces élèves sont assez instructifs et d’une grande actualité.
C'est quoi pour vous être Français ?
- C'est résider en France. Même si on n'a pas la carte de nationalité française, on est Français quand même.
On pourrait dire que, malgré vos différentes cultures, vous êtes tous Français ? Mais est-ce qu'il y des communautés dont vous vous sentez plus proches ?
- Quand on est d'origine commune, on est plus proches car on peut parler de notre pays.
Est-ce que vous avez l'impression que la France traite de la même manière tous les groupes ?
- Dans la rue en bas des cités, quand les gens voient des personnes noires ou arabes, ils vont vérifier leurs papiers d'identité. La police se dirige plus vers les jeunes d'origine étrangère et maghrébine pour vérifier les papiers.
- Il y a de la discrimination. Pour les emplois, les Français sont deux fois plus pris que les personnes étrangères. Les personnes blanches, les personnes pures…
- Les personnes de couleur ne sont pas considérées comme des Français. On voit en politique, avec le Front national, on veut renvoyer les étrangers dans leur pays.
Est-ce que ça veut dire qu'il y a d'autres groupes qui ont du pouvoir et qui sont mieux représentés dans la société ?
- Officiellement, on est tous Français mais, dans la réalité, il y a de la discrimination et des injustices
Est-ce que tu peux nous donner des exemples d'injustice ?
- J'étais avec François et Paul et la police n'est venu voir que moi. Ils n'ont rien dit à François et à Paul.
- En primaire, j'avais une maîtresse qui était raciste. Après on s'habitue, mais on le ressent quand même
- On peut le voir aussi par rapport aux bavures policières. Un Arabe a été interpellé. Il a été frappé et est resté à l'hôpital pendant deux semaines. Ils sont passés devant le tribunal et les responsables ont dit que c'était sa faute parce qu'il ne sortait pas de la voiture et qu'ils ont été obligés d'employer les grands moyens.
Ca se ressent plus dans la rue ou dans l'établissement ?
- Dans l'établissement, il n'y a pas vraiment de problèmes dans les différents groupes. - Dans cette classe, il y a des Turcs, des Ivoiriens, des Maliens… et on s'entend tous bien.
Avez-vous l'impression que les différents groupes sont différemment influencés par ce qui se passe à l'étranger ?
- Des fois on discute beaucoup de ce qui se passe en Israël et en Palestine, mais ça ne dépend pas forcément de nos origines.
Est-ce que vous pouvez me dire ce que ça pose comme problème ?
- Il y en qui disent que c'est Israël qui a raison, d'autres qui disent qu'Israël a volé la Palestine aux Palestiniens mais c'est pas ça qui va créer des conflits entre nous.
Ca vous touche vraiment entre vous cette question ?
- On est musulmans et on se sent concernés.
Vous en discutez avec des non musulmans ?
- Ca dépend. Des fois, on se sent seul. La Palestine est seule alors que Israël est aidée par les États -Unis.
- Pourquoi on n'a pas fait de minutes de silence pour les événements au Maroc, comme en Espagne ?
- Comment vous expliquez que l'on respecte la minute de silence pour certains et pas pour d'autres ?
- Ceux qui sont Maghrébins ont mal vécu la différence de réaction.
- On n'a pas fait non plus pour les attentats en Turquie. Ni pour le tremblement de terre.
- Pour ce qui s'est passé le 11 septembre aux États-Unis, on en a parlé longtemps. Or, c'est un attentat comme ce qui s'est passé au Maroc, en Algérie ou en Tunisie. C'est parce que les Etats-Unis sont une puissance mondiale. C'est comme Israël, ils sont soutenus par les États-Unis, alors on en parle beaucoup.
- En Irak, il y a la guerre. Lorsque les Américains se font tuer, on en parle mais on ne parle pas des Irakiens ou des Palestiniens qui sont morts, comme si c'était normal.
Est-ce qu'il y a, à l'intérieur ou hors du lycée, des groupes qui font pression ou des gens qui militent pour tel ou tel groupe ?
- Il y a des marches pour ce qui se passe en Côte d'Ivoire et on ne peut pas accepter que des rebelles gouvernent notre pays.
Et l'affaire Dieudonné, l'avez -vous suivie ? Pouvez-vous la résumer ?
- Avant, il avait fait un sketch avec un juif et un noir mais on n'en avait jamais parlé et maintenant, à cause des conflits internationaux, on est choqué.
- J'avais des amis juifs qui étaient menacés parce qu'ils restaient entre eux dans un établissement dans le 7e. On leur reprochait de rester entre eux.
Y a-t-il ce genre de problèmes dans votre établissement ?
- Non
Et avec des gens d'autres religions ?
- Je connais quelqu'un qui ne parle pas à des gens juifs.
C'est à cause de la religion que les gens refusent de parler aux autres ?
- Il y a des gens qui ont une mauvaise image parce qu'ils sont juifs
- Dans le film de Mel Gibson : « La Passion du Christ », on voit que c'est les juifs qui ont tué Jésus. Alors les juifs sont encore plus détestés. Les problèmes s'étaient tassés et sont ressortis avec ce film.
Comment expliquez -vous tous les problèmes autour de ce film ?
- Les juifs ont dit que ce ne sont pas eux qui avaient tué Jésus et ça crée une polémique. Mais ça reste un film et je ne vois pas pourquoi ça fait une telle polémique.
Ca vous choque que juifs soient accusés ?
- C'est les juifs qui ont voulu faire crucifier Jésus. C'est les juifs qui ont protesté contre le film parce qu'ils ont eu peur de retrouver la Deuxième guerre mondiale. Le film est quand même sorti parce que le réalisateur s'est basé sur la bible qui parle de la responsabilité des juifs.
Vous parliez tout à l'heure du film et des critiques. Où avez-vous entendu les critiques ?
- C'est encore les médias qui font du bourrage de crâne.
Pour faire accepter quelle idée ?
- Pour inciter les gens à accepter la polémique, inculquer l'idée que les juifs sont responsables.
Pourquoi est-ce que les médias ont intérêt à faire passer certaines idées ?
- Ils ont peut-être peur que ce qui s'est passé aux États -Unis puisse se reproduire ici : en sortant du cinéma, il y des juifs qui se sont fait agresser.
- Les directeurs des chaînes TF1 ou France2 sont des juifs. C'est pas une coïncidence.
- On a l'impression que les juifs contrôlent tout.
- Tout le monde le dit. C'est visible. Le pouvoir est aux mains des juifs. Ils sont les mieux placés.
Comment sais-tu qu'ils sont juifs ?
- Je les reconnais à la tête.
- La plupart des médecins sont des juifs. On le sait par le nom, la tête, tout.
- Ils sont partout.
- On a l'impression qu'ils sont privilégiés. Par exemple, les médias : les présentateurs sont des juifs. - Arthur ne fait pas que présenter, il gère par derrière : Star Académie, etc…
- Il n'y a pas que des juifs à la télé. C'est les Américains qui ont beaucoup de pouvoir et qui influencent les médias.
- En Algérie c'est une guerre continue et on n'en parle plus. Alors qu'en Israël, ils en parlent toujours. Je constate ce qui se passe à la télé.
- Quand des juifs osent sortir avec la kippa, ils se font insulter ou taper dans la rue.
Vous trouvez ça normal ?
- Non, chacun sa liberté, comme un chrétien avec sa croix. Tout le monde vit sa religion comme il veut.
- Dans notre quartier, il y a une famille juive qui sort le samedi avec leur kippa et personne ne leur fait rien. On parle trop des actes contre les juifs, alors ça monte à la tête après.
- J'ai entendu dire que des juifs ont brûlé deux mosquées à Aulnay sous Bois. Les médias n'ont rien dit.
- C'est normal à cause de la guerre.
- On dirait que la guerre est en France tellement on en parle.
Mais ce n'est pas la guerre, alors pourquoi y a-t-il des agressions ici ?
- À cause des conflits en Palestine et Israël.
Vous disiez que les médias étaient influencés par les juifs ou les Américains. Comment essayez-vous de vous informer ?
- Je regarde Al-Jazeera. Ca n'a rien à voir avec TF1 ou France2. Tout est différent. Ce n'est pas la même chose.
- On parle plus des Arabes que des juifs. Les Arabes sont plus considérés comme des victimes que des terroristes.
Et la télévision française parle plus des Arabes comme des terroristes ?
- Dès qu'on parle d'Arabes, on parle de terrorisme.
- Pour moi le 11 septembre, c'est calculé. Certaines personnes disent que les médias français sont pro-palestiniens et contre Israël.
Vous en pensez quoi ?
- Sur d'autres médias non français, l'information n'est pas la même
- Pour revenir au 11 septembre, ils ont directement accusé Ben Laden. Pourquoi ?
- Comment vous savez que c'était lui ?
- Les cassettes sont truquées. On ne peut pas savoir. On ne peut pas faire confiance aux médias.
Est-ce que vous vous informez sur Internet ?
- Oui. Pour les devoirs de français, sur les nouvelles lois sur les téléchargements.
Et les amis, vous apprennent -ils des choses sur l'actualité ?
- Ils n'ont pas les bonnes informations.
- Si on prend la radio, la télé et Internet, les informations ne seront pas forcément les mêmes.
Et l'affaire du voile ? Comment avez -vous réagi sur le projet de loi ?
- Je suis musulman et pourtant je suis d'accord avec la loi. Je pense que l'école doit rester laïque.
- Chacun a le droit de pratiquer sa religion mais ils ne sont pas obligés de le montrer aux autres. L'école c'est fait pour apprendre, pour travailler. Ils n'ont qu'à faire ça chez eux ou à la mosquée.
- Le voile, il faut le porter chez nous. Il faut respecter les règles.
- Les musulmans ont mal interprété le coran. Il n'y a pas marqué de se mettre en Batman tout en noir.
Vous êtes d'accord pour défendre la laïcité ?
- On interdit de porter le voile mais certaines ont des grosses croix et elles peuvent entrer dans les salles.
- Ils ont raison d'avoir fait cette loi mais il faut que ça s'applique à tout le monde.
- L'affaire a commencé par l'histoire de ces deux élèves qui portaient le voile dont le père était juif. C'était choquant. Et depuis ça a été médiatisé. Et c'est là où la loi a été votée.
- C'est parce que les musulmans sont pris pour des terroristes qu'on veut interdire le voile. On parle aussi d'intégriste. C'est pas pareil musulman et intégriste.
- Les terroristes font des attentats pour Dieu. Ils se trompent.
- Ce n'est pas des terroristes, c'est des martyrs. C'est normal que les Palestiniens attaquent Israël. Ils se défendent. C'est la guerre. Ils n'ont pas d'armes.
- Les civils israéliens non plus n'ont pas d'armes.
- À la cantine, on mange du poisson le vendredi. La cantine doit s'adapter à toutes les religions.
Y a-t-il d'autres domaines où des problèmes peuvent se poser pour la cohabitation à l'intérieur de l'établissement ?
- Depuis le début de l'année, je n'ai pas vu de problèmes de racisme. On peut bien rigoler entre nous mais ça n'est pas méchant.
- Dans d'autres lycées il est arrivé que des juifs entendent « sale juif, rentre chez toi »
- Aujourd'hui, il vaut mieux ne pas s'en prendre aux juifs avec ce qui se passe en politique.
- C'est quand on ne connaît pas la personne mais, sinon, c'est pour rigoler.
- Les juifs ne sont pas intégrés à la société, ils sont à l'écart, ils prennent les choses mal.
- Un juif a mal réagi quand il a entendu sale juif et je ne comprends pas parce qu'on dit aussi sale noir et on ne réagit pas comme ça. C'est peut -être par rapport à la Deuxième guerre mondiale…
- C'est idiot. Ca fait longtemps.
- C'est par rapport au conflit. Ils se sentent trop concernés. Ca se passe là-bas. Il ne faut pas prendre les choses de cette manière.
- Nous, ce n'est pas qu'on ne les aime pas, on est jaloux. Ils sont riches.
(Entretien réalisé au printemps 2004)
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